Ou comment j’ai presque réussi à tuer ma carrière de scénariste avant qu’elle ne commence.

Après la vente de mon scénario K-9, les gens du métier étaient curieux de savoir ce que mon co-auteur et moi allions faire ensuite. Si j’avais su quelque chose à ce sujet à l’époque, nous aurions eu plusieurs concepts d’histoires forts prêts à être présentés. Mais à part K-9, mon partenaire et moi avions à peine deux médiocres scénarios originaux.

Je vais donc me servir de cette excuse partielle, la “pression de trouver une idée”, pour justifier ce qui s’est passé ensuite.

Un de nos amis nous parle de la “10e Mountain Division”. Ils ont une histoire remarquable, non seulement à travers leurs exploits à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi leur héritage aux États-Unis après la guerre, car ils ont créés rien que moins que l’industrie du ski au Colorado.

Enthousiastes par toutes les anecdotes que nous raconte notre ami, nous décidons tous les trois de nous lancer dans un vaste drame historique. Prenez une minute pour relire cette phrase et voyez combien les choses étaient compliquées avec cette idée :

– Pourquoi enchaîner sur un drame historique à gros budget après une “petite” comédie (K-9)?

– Pourquoi enchaîner après K-9 avec un scénario écrit à trois scénaristes?

– Pourquoi écrire un scénario basé sur des personnages historiques sans être certain d’éviter les problèmes de droits?

Si encore on avait réussi à écrire un excellent scénario… Mais ce n’est pas le cas. Dans notre excitation, nous avons enchaîné brouillon après brouillon, jusqu’à une réécriture rapide. On envoie le scénario… Et il meurt dans le vent. Nos soi-disant carrières ont failli mourir avec. Soudain, les rendez-vous auxquelles nous étions conviées avaient disparu. Le silence a remplacé les appels téléphoniques. Tout cela était directement imputable à la mauvaise réception de notre scénario.

Ensuite, nous avons rencontrons un producteur qui a eu la gentillesse de nous faire part de son point de vue : “A quoi vous pensiez, bordel ?!”

Il a énuméré une pléthore de raisons pour lesquelles le scénario était une mauvaise idée au départ (voir les points ci-dessus). Mais c’est cette réflexion qui m’a vraiment marquée :

“Ne jamais envoyer un script avant qu’il ne soit prêt. Jamais, jamais, jamais, jamais, jamais, jamais ! Vous avez eu la chance de créer une image positive à Hollywood. Enchaîner avec un scénario à peine correct… ce n’est pas suffisant! Si votre scénario n’est pas complètement prêt, ne laissez personne d’autre s’en approcher à moins d’un kilomètre. Ne sortez un scénario que quand vous savez qu’il est vraiment bon.”

Et là je me suis dit : “Il a raison !”

Je sais ce que beaucoup d’entre vous se demandent : “Comment puis-je savoir quand mon scénario est prêt ?”

Excellente question.

D’abord, vous ne pouvez pas faire confiance à vos propres yeux. Nous savons tous combien il est facile de tomber amoureux de notre écriture.

Vous devez faire lire votre scénario par quelqu’un d’autre, à au moins trois personnes de préférence. Et pas n’importe qui, mais des gens qui s’y connaissent en histoire. Il y a des dizaines de lecteurs professionnels ICI. Payez-en un une centaine d’euros pour avoir une vraie opinion éclairée.

Deuxièmement, vous devez tout simplement vous surpasser. Vos personnages sont-ils vraiment convaincants? Votre intrigue pousse-t-elle vraiment le lecteur à tourner les pages? Vos dialogues sont-ils vraiment brillants?

Si vous avez besoin d’une comparaison, lisez le scénario d’un de vos films préférés. Je sais qu’il est difficile de comparer vos scénarios avec ceux de Scott Frank, Steve Zaillian ou Callie Khourie, ou celui que vous idolâtrez comme scénariste. Mais en réalité, c’est ce que font les bons producteurs et les studios. Ils ne comparent pas votre scénario à ceux d’un débutant. Ils les comparent aux meilleurs films qu’ils ont produits, à ceux qu’ils ont en développement et à ceux qui sont en vue sur le marché.

Retenez une seule chose : quoi que vous fassiez, n’envoyez pas votre script avant qu’il ne soit prêt.

Comment avons-nous survécu à notre erreur ? Je garde les détails pour un autre jour, mais voici un indice : nous avons cherché un concept vraiment solide et nous l’avons pitché…

© Scott Myers – Article traduit par un.e scénariste membre de La Guilde française des scénaristes.