Si vous ne visualisez pas correctement cet email, cliquez-ici.
La Guilde des Scénaristes :Profession Scénariste #3 Déborah Saïag et Mika Tard
Affiche "Miraculous"  

Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat noir, série créée et réalisée par Thomas Astruc, direction d'écriture : Sébastien Thibaudeau, produite par Zagtoon pour TF1.

Paris, aujourd'hui. Marinette et Adrien sont deux collégiens comme les autres, à la différence près qu’ils ont été choisis pour sauver Paris ! Leur mission : capturer les akoumas du mystérieux Papillon qui transforment les parisiens en super vilains. Grâce à leur kwami, nos deux collégiens se métamorphosent en superhéros : Ladybug, et Chat Noir.

Léonie De Rudder et Matthieu Choquet ont fait partie des scénaristes qui ont œuvré sur la série.

triangle orange
Comment vous définissez-vous quand on vous demande ce que vous faites dans la vie ?
Matthieu Choquet

Je dis : "je suis scénariste de dessins animés pour la télévision française".

 
Léonie De Rudder

Je dis : "je suis scénariste, j'écris des dessins animés". Généralement il faut préciser car les gens n'ont absolument pas conscience... qu'il y a un scénario, déjà... et que la chaîne de production en animation est si importante, énorme. Mais j'adore expliquer la complexité du processus. Il y a tellement de gens impliqués, de savoir-faire, pour faire bouger des bonshommes à la télé !

 
Comment êtes-vous devenus ces deux énergumènes susceptibles d'écrire plein d'histoires pour les enfants ? C'est pas banal...
Léonie De Rudder

En commençant par être une enfant moi-même, et en vivant beaucoup parmi les histoires. J'étais si fan de Roald Dahl que j'ai pleuré quand il est mort car il n'allait plus écrire de livres. J'avais 8 ou 9 ans, c'était vraiment un drame. Et puis, comme beaucoup d'enfants de ma génération, j'étais collée devant la télé plusieurs heures par jour et j'ai regardé une pelletée de dessins animés... Ensuite, j'ai fait des études de lettres et de cinéma et j'ai tenté de travailler en fiction live. Mais c'était assez dur de démarrer, et à vrai dire, peu de séries me plaisaient. Je me suis tournée vers l'animation en souvenir de mes premières émotions de spectatrice, et surtout parce que les univers abordés me semblaient beaucoup plus variés et riches !

Et comme je n'y connaissais rien techniquement, j'ai suivi une formation (que j'ai payée moi-même avec mes petits deniers, car à l'époque les auteurs n'avaient pas droit aux financements par l’Afdas). Et j'y ai rencontré des personnes adorables et talentueuses, mes futurs collègues, dont Sébastien Thibaudeau, qui assurait un cours dans cette formation, futur directeur d'écriture de Miraculous Ladybug.

 
Matthieu Choquet

Vers le milieu des années 2000, je bossais dans le making of et j'ai rencontré un producteur de dessins animés. J'avais coécrit un projet de série live avec un copain et on l'a fait lire au producteur. Il a bien aimé notre boulot et nous a proposé de bosser sur une de ses productions, Wakfu. J'ai beaucoup aimé l'expérience, donc j'ai voulu continuer. Je suis allé au festival d'Annecy, la communauté des scénaristes d'animation m'a accueilli à bras ouverts, et voilà !

 
Qu'est-ce qui vous plaît autant dans l'écriture d’œuvres pour la jeunesse ? 
Léonie De Rudder

C'est la possibilité d'écrire des histoires fantastiques, des histoires des sushis samouraï, des enfants qui voyagent dans le temps, des animaux mignons ou des nains de jardins psychopathes... En terme d'imagination, on peut y aller ! Et j'ai eu la chance de travailler principalement sur des séries où les épisodes "banals" sont ceux où il y a des clones maléfiques, un échange de cerveaux ou une boucle temporelle...

Et puis surtout c'est de la vraie de vraie comédie. C'est une école impitoyable de la créativité, il faut trouver des gags tout le temps, des situations, des bonnes répliques, se renouveler sans cesse. L'écriture pour le jeune public implique d'être hyper clair dans les enjeux des personnages, et la brièveté des formats fait qu'on coupe le gras, les imprécisions, l'à peu-près. C'est sans concession.

 
Matthieu Choquet

Moi, ce qui me plaît, c'est travailler dans des genres : la comédie, l'action, le fantastique. Ce serait très difficile de faire ça pour un public adulte en France où la production de cinéma de genre est exsangue. Là, j'ai la possibilité d'écrire ma mini-superproduction tous les mois !

 
image du film "Miraculous"  
 
Triangle gris sous photo
C'est moins intéressant de s'adresser aux enfants qu'aux adultes ? 
Matthieu Choquet

En réalité, on s'adresse à toute la famille. Un épisode d'animation réussi, c'est un épisode devant lequel le parent va s'asseoir avec son gamin et qu'il va autant apprécier, parce que l'histoire est bien construite, que les personnages sont attachants, que les gags sont drôles, etc. Quoi qu'il en soit, c'est passionnant à faire.

 
Léonie De Rudder

A priori, ce n’est pas moins intéressant. Dans plein d'épisodes, j'ai pu aborder des thèmes qui me tenaient à cœur. Même à hauteur d'enfant, je suis persuadée qu'on peut tout dire. Et puis on glisse toujours des clins d'œil aux plus vieux !
Mais malheureusement, je trouve que les diffuseurs nous suivent de moins en moins. Ils ne veulent lire que de la comédie légère ou cartoon, comme s'il n'y avait qu'un seul type d'humour. J'ai travaillé il y a quelques années, sur une série, Rosie, qui est un bijou d'humour noir, de méchanceté, de cynisme, avec une héroïne ultra négative. On allait vraiment loin ! De l'avis même de la personne chez Gulli qui a porté cette série, elle ne serait plus signée aujourd'hui.

Souvent, dès qu'on tente de faire passer une émotion un peu négative, un renoncement, une tristesse, on se fait littéralement rembarrer. C'est dommage, et particulièrement incompréhensible pour une génération d'auteurs qui a été biberonnée aux séries animées japonaises où on chialait à longueur d'épisodes... On y trouvait de tout, mais vraiment de tout ! Problèmes familiaux, abandon, jalousie entre enfants. De la cruauté à la magie, il y en avait pour tous les goûts et surtout tous les genres dramatiques !
En ce moment, j'ai l'impression qu'on est surtout dans la comédie slapstick, le gag super cartoon. Ou encore des héros malicieux qui résolvent des enquêtes... Moi, ce n'est clairement pas ce que je préfère écrire !

 
Comment expliquez-vous que l'écriture d'animation soit moins considérée que celle de la fiction adulte alors que l'univers jeunesse foisonne de talents et que l'animation française est reconnue partout dans le monde ?
Léonie De Rudder

Je suis toujours sidérée quand j'entends certains déplorer, dans des interviews, qu’il n'y a pas d'auteurs en France capables d’assumer des gros volumes, des rythmes d'écriture rapides, le travail en équipe, des retours en anglais, etc. Parce que c'est ce que font les scénaristes d'animation à longueur de temps !
Mais pour beaucoup de gens, l'animation c'est Oui-Oui. On ne peut pas leur donner entièrement tort, puisque France Télévisions, au lieu de soutenir de nouvelles créations, nous gratifie d'une énième saison... où Oui-Oui, je crois, résout des enquêtes...

 
Matthieu Choquet

C'est marrant parce que j'ai plutôt l'impression du contraire, que c'est la fiction adulte française qui est moins considérée !

 
tirangle gauche titre film Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat noir tirangle droit titre film
C'est quoi le pitch de la série Miraculous Ladybug ? 
Léonie De Rudder

Ladybug est une vraie magical girl, dans la plus pure tradition des anime japonaises, mais qui vit à Paris. C'est une collégienne qui a le pouvoir de se transformer en super héroïne. Ce qui est drôle dans cette histoire, c'est que les méchants qu'elle combat dans les épisodes sont toujours des proches. Ils ont été "akoumatisés" par un super méchant qui utilise une vexation, une humiliation, une émotion négative qu'ils ont ressenties, pour les manipuler. Parfois, c'est l'héroïne elle-même qui est à l'origine de cette humiliation. C'est très psy en fait !

 
Qu'est-ce qui vous a motivés pour consacrer votre énergie à ce projet ? 
Matthieu Choquet

À chaque fois, pour moi, c'est une question d'individu. Si je m'entends bien avec la personne, je suis très content de rejoindre le projet. En l'occurrence, la perspective de retravailler avec Sébastien Thibaudeau me plaisait beaucoup. Ce qui ne gâtait rien, c'était l'ambition du projet. Une histoire originale de super héroïne se déroulant à Paris, ça promettait !

 
Léonie De Rudder

J'étais contente de retrouver le directeur d'écriture, et l'équipe. Et puis aussi de travailler sur un format 26 minutes, qui n'est pas si répandu en animation. Il y avait donc vraiment la possibilité de créer des intrigues un peu sitcom, des relations approfondie entre les personnages, ce n'était pas que de l'action pure et des gags !

 
Quelle est la spécificité de ce projet, l'ADN qui explique son grand succès ?
Léonie De Rudder

Clairement, ce qui marche auprès des enfants et qui rend la série complètement addictive (je le vois bien avec ma fille de 8 ans et demi), c'est la romance impossible entre Ladybug et Chat Noir, son comparse. Car Marinette est amoureuse d'Adrien, son camarade de collège et trouve que Chat Noir, son coéquipier super héros, est un gros frimeur. Adrien aime Ladybug mais la remarque à peine quand elle est en civil, en tant que Marinette. Ce jeu du chat et de la coccinelle fait clairement le sel des épisodes.

Après, il y a les méchants, qui sont très drôles : ils veulent toujours détruire Paris avec des moyens improbables : il y en a un qui fait des bulles géantes, une fille qui balance du parfum puant sur la ville, un pharaon... C'était super de les inventer. Il fallait trouver le côté obscur d'un personnage et en faire son pouvoir spécial.

 
Matthieu Choquet

Ça marche parce que c'est bien ! Thomas Astruc, qui a intégralement créé l'univers de Miraculous et réalisé la série, et Sébastien Thibaudeau, qui a dirigé l'écriture, ont travaillé main dans la main (et bien au-delà de ce qu'on attendait d'eux) pour que chaque épisode soit exceptionnel. Il y avait une vraie exigence pour faire à chaque fois le meilleur épisode possible et ça se voit à l'écran.

 
Léonie De Rudder

La grande énigme c'est : pourquoi TF1 ne demande-t-elle pas une saison plus feuilletonnante ? L'audience a été au rendez-vous, les enfants attendent ça, les auteurs attendent ça! C'est la logique du genre... C'est une aberration ! Et l'éternel argument de pouvoir diffuser les épisodes dans le désordre me paraît carrément d'arrière-garde !

 
Comment l'écriture était-elle organisée ? Écriviez-vous en duo ? En atelier ?
Léonie De Rudder

L'écriture de mon premier épisode a été trèèèès longue. Presqu'un an si ma mémoire est bonne ! Mais il faut dire que la bible avait changé en cours de route au moment où Disney est entré dans la coproduction. Du coup, j'ai appelé Matthieu à la rescousse, car il me semblait qu'on n'était pas trop de deux cerveaux pour turbiner sur ces aventures.

On faisait donc énormément de brainstorming. Pour les deux autres épisodes qu'on a écrits, on a fini par aller écrire dans les locaux de la production, c'était plus facile d'avoir Sébastien Thibaudeau et Thomas Astruc sous la main pour tester nos idées. Le plus dur c'était de trouver le lucky charm, le "truc" ultime et inattendu que Ladybug fait apparaître pour remporter le combat et qui est un objet apparemment anodin, qu'elle combine avec d'autres objets du décor pour porter un coup fatal à l'ennemi.

Thomas tenait particulièrement à ce rendez-vous de l'épisode, mais c'était super compliqué à mettre en place en théorie (souvent, quand on écrit, on n'a même pas encore les décors !).

 
Matthieu Choquet

Sur la saison 2, l'écriture se déroule en équipe réduite, en atelier, directement avec le réalisateur et le directeur d’écriture, ce qui permet de gagner beaucoup de temps plutôt que d'avoir diverses couches de retours sur les textes.

 
image du film "Miraculous"
Triangle sous photo blanc
Est-ce que ce fut émoustillant ? Productif ?
Matthieu Choquet

Oui, et aussi épuisant et frustrant parfois, mais au final, sur la centaine d'épisodes d'animation que j'ai pu écrire, ceux auxquels j'ai participé sur Miraculous font partie de mes préférés.

 
Léonie De Rudder

Oui, on a bien rigolé. Et pas mal appris aussi, car avec Disney, il faut verrouiller tous les enjeux, être sûr que l'héroïne a bien vécu un "voyage émotionnel" au cours de l'épisode. Pas question de leur laisser un sentiment vague d'échec ! Mais c'était super intéressant d'aller à fond dans cette façon d'écrire très américaine.

Et puis, il y avait les contraintes techniques : comme souvent dans les séries en 3D, plus on avance dans l'écriture et moins on a de possibilités de création. Il faut donc tout de suite, dès l'écriture, anticiper les problèmes de fabrication, penser à réutiliser des éléments déjà créés, etc.

J'ai trouvé qu'ils avaient été très malins sur un épisode comme Le Mime : le méchant est un mime, donc il fait semblant d'utiliser un bazooka, une moto, et les objets n'existent pas... Pas besoin de modéliser les objets... très astucieux ! (ça n'a aucun rapport mais en plus sur cet épisode, il y a Josiane Balasko qui fait une voix)

 
L'écriture est-elle restée au cœur du projet ? Le résultat vous plaît-il ?
Léonie De Rudder

Oui, c'est une série où le directeur d'écriture et le réalisateur se sont dévoués corps et âme à la série, et pour défendre les textes. Ils avaient le souci constant d'améliorer la série. La réalisation est vraiment bien, les combats ont la patate (sinon dans des séries pareilles, ça ne marche pas du tout).

 
Matthieu Choquet

Chose assez rare en France, sur Miraculous Ladybug le directeur d'écriture vise les adaptations. C'est à dire que normalement, les épisodes sont écrits en français, puis les dialogues traduits en anglais pour l'animation, et ensuite redoublés en français par un adaptateur. Et habituellement l'adaptateur fait un peu ce qu'il veut, ce qui peut apporter des contresens, tuer un gag, etc. Or quand on voit le boulot qui est demandé aux scénaristes sur les versions dialoguées, c'est quand même dommage ! Sur cette série, le travail de l'adaptateur est visé par le directeur d'écriture, ce qui permet de respecter l'intégrité du texte jusqu'au bout.

Je trouve le résultat final très impressionnant. On a une série d'action/comédie qui fonctionne à merveille, avec une mythologie riche, dans un décor inédit. Et c'est une série ORIGINALE, pas une adaptation pour une fois. Elle cartonne partout, en France et dans le monde, C’est dingue, il y a une énorme communauté de fans ! Il faut regarder sur internet toutes les photos de fans qui se déguisent en Chat Noir et Ladybug, qui dessinent des fanarts, c'est hallucinant ! Ce n'est pas courant à ce point là dans l'animation française ! Donc c'est très agréable d'avoir participé à cette aventure.

 
Où va-t-on vous retrouver bientôt ?
Matthieu Choquet

La grosse actu qui nous concerne c'est la série Lastman, qui est un prequel animé des BD de Vivès, Balak et Sanlaville. Avec Léonie, on a participé pendant quelques mois à l'atelier d'écriture de l'arche narrative, puis écrit quelques épisodes.

 
Léonie De Rudder

C’est la première fois que je participais vraiment à une série feuilletonnante écrite en atelier. Et l'écriture était tout à fait à l'image de la série : des bastons, des blagues et des punchlines !

On pourra voir le pilote à Annecy cette année. C'est adulte, sombre et feuilletonnant donc, et ça va être diffusé sur France 4 dans les mois à venir. Je pense qu’elle va faire parler d’elle.

Sinon, prochainement en diffusion : Les Souvenirs de Mamette, une adaptation de la BD de Nob, pour une ambiance radicalement différente : la vie à la ferme dans les années 30...

 
J'ai ouï dire que Léonie passe derrière la caméra...
Léonie De Rudder

Oui, je suis en plein montage de mon court-métrage, qu'on a tourné en mars dernier. Une comédie noire, pas du tout pour les enfants !

 

la Guilde française des scénaristes
259 rue Saint-Martin - 75003 Paris
+33 (0)9 53 65 92 59 - contact@guildedesscenaristes.org

Contact RP:
Marie Barraco/Kandimari
+33 (0)6 63 58 88 90 - marie@kandimari.com



Si vous ne souhaitez plus recevoir les interviews de la Guilde, merci de suivre ce lien.
espaceur