Si vous ne visualisez pas correctement cet email, cliquez-ici.
La Guilde des Scénaristes :Profession Scénariste #3 Claire Lemaréchal
Affiche "Après moi le bonheur"  

Ce lundi 7 mars, a été diffusé sur TF1 Après moi le bonheur, l’histoire vraie d’une mère qui apprend sa mort inéluctable et décide de choisir la famille qui va accueillir ses quatre enfants. Au cœur de ce drame fort mais sans pathos, la scénariste Claire Lemaréchal, qui a porté le projet pendant 7 ans, et qui l’a coproduit.

À voir en replay sur TF1.fr 

triangle orange
Comment es-tu devenue scénariste ?
Claire Lemaréchal

J’ai toujours su que j’écrirais, mais je pensais que ça resterait un passe-temps intime. Après Sciences Po, j’ai décroché une bourse pour un master en relations internationales à Columbia University. J’avais en théorie accès à tous les cours de la fac, et je me suis incrustée à la Film School où je me sentais beaucoup mieux qu’en cours de macroéconomie. Ils m’ont virée faute de place, mais j’ai eu le temps d’apprendre une chose essentielle : l’écriture peut être un métier, et ce métier s’apprend. De retour en France, j’ai travaillé sur des films documentaires avant de bifurquer vers la fiction, via le CEEA (première promo, 1997). Je suis devenue scénariste en écrivant, sur PJ d’abord, puis sur H, Le Lycée, Groupe Flag, Le Train, Fais pas ci Fais pas ça…  Je me suis aussi aventurée un peu au théâtre (Célibataires) et au cinéma (Sagan, La vie d’une autre…).

 
image du film "Après moi le bonheur"  
 
Triangle gris sous photo
tirangle gauche titre film APRÈS moi le bonheur tirangle droit titre film
Qu’est-ce qui t’a amenée à adapter cette histoire ?
Claire Lemaréchal

La genèse du film est particulière. Début mai 2009, Sophie Exbrayat, alors directrice littéraire chez Clebs Production, me propose d’adapter pour TF1 le livre où Marie-Laure Picat raconte sa vie et son combat pour l’avenir de ses 4 enfants, âgés de 2 à 12 ans, lorsqu’elle apprend que son cancer ne lui laisse que quelques mois à vivre. Dès lors, elle consacre toute son énergie à convaincre le père des enfants et les services sociaux de les laisser grandir ensemble, dans la famille d’accueil qu’elle veut choisir pour eux.
Son histoire m’a touchée à un moment particulier : j’avais perdu peu de temps avant ma meilleure amie d’un cancer, elle aussi était mère ; et j’étais sur le point de le devenir. J’ai dit à Sophie que je préférais attendre pour aborder cette histoire d’avoir accouché, 15 jours plus tard. Elle m’a dit « c’est mieux d’aller la voir maintenant. Après, ce sera peut-être trop tard ».

La rencontre avec Marie-Laure Picat a été incroyablement forte. Elle m’a raconté mille petites choses, mais surtout transmis son incroyable énergie vitale, et son envie de voir exister ce film. En la quittant, je savais qu’il fallait raconter un combat gagné, pas une descente aux enfers. Elle est décédée 3 mois plus tard, je ne lui ai pas reparlé.

 
Que s’est-il passé entre cette première version et le tournage à l’automne 2015 ?
Claire Lemaréchal

L’écriture s’est très bien passée (entre 2009 et 2010), mais TF1 a renoncé à tourner le scénario terminé, car le sujet restait, de l’avis des responsables de la chaîne, trop dur pour un téléfilm de prime time. Lorsque Marie Guillaumond, devenue directrice de la fiction de TF1, a relancé avec Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils et L’emprise une ligne de téléfilms unitaires « événements » (en 2014), je lui ai reparlé du projet, dont elle avait suivi l’écriture. Elle l’a relu et m’a rappelée pour me dire « on le fait ». Entre-temps, Clebs avait fermé, et j’avais récupéré les droits du scénario, ce qui m’a permis de le coproduire. J’ai proposé le projet à Arnaud Figaret chez Capa Drama, car je savais que les moyens seraient mis au service de la qualité du film. Nous avons choisi ensemble d’en confier la réalisation à Nicolas Cuche. On avait pensé à Alexandra Lamy dès l’origine pour interpréter le rôle de Marie-Laure. Elle avait beaucoup aimé le scénario, elle a renouvelé son oui avec enthousiasme. Nous avons composé le reste du casting ensemble, Nicolas, Arnaud et moi. Alexandra nous a tous bluffés par la qualité de son interprétation.

 
image du film "Après moi le bonheur"
Triangle sous photo blanc
Quelles ont été les difficultés de l’adaptation de cette histoire vraie ?
Claire Lemaréchal

Dans toutes les adaptations, il y a une forme de trahison. Ecrire une fiction à partir d’une histoire très dure pour les protagonistes qui l’ont vécue, s’emparer de leurs vies et les transformer pour en faire un film, c’est risqué. Je l’avais déjà expérimenté avec Diane Kurys pour Sagan. Je sais que les proches de Marie-Laure ont eu peur et je les comprends. Je n’y ai pas pensé en écrivant. Je n’ai pas eu de contact avec eux pendant l’écriture, je n’ai pas relu le livre. J’ai essayé de traduire, avec ma sincérité, ce que j’avais compris et ressenti en le lisant, et en rencontrant Marie-Laure. Un combat gagné contre le temps et les services sociaux, mais surtout un combat pour la vie, un refus de la pitié, du déni et de la résignation. J’ai inventé des situations, quelques personnages, certains enchaînements, mais en respectant l’esprit et le parcours de ce combat.

Le personnage le plus difficile à aborder était celui du père. S’il était trop évident qu’il ne pouvait pas prendre en charge les enfants, le combat de Marie-Laure perdait de son sens, le placement devenait évident. Il ne fallait donc pas en faire un salaud ni un abruti. Mais il ne fallait pas non plus qu’on déteste Marie-Laure d’arracher ses gosses à un papa très touchant. Thierry Frémont a beaucoup apporté à l’équilibre du personnage. J’ai réécrit avec lui et avec Nicolas jusqu’au dernier moment.

 
Comment ont réagi les proches de Marie-Laure Picat ?
Claire Lemaréchal

Cécile, sa plus proche amie, avait lu le scénario. Marie-Laure lui avait confié la mission morale du respect de sa mémoire. Nous lui avons montré le film terminé, ainsi qu’à Julie, l’aînée des enfants de Marie-Laure, et à leur père. Ils sont arrivés très tendus, ils sont repartis émus, et très heureux. C’est une immense satisfaction morale pour nous tous et en particulier pour moi. Ils ont aussi pu rencontrer Alexandra, Thierry Frémont et Zabou, c’était un grand moment.

 
Ce film est-il à sa place sur TF1 ?
Claire Lemaréchal

C’est une belle exposition pour le film. On a l’espoir de toucher beaucoup de monde. Mais on ne s’est pas dit en travaillant « on fait un film pour TF1 ». On a fait, je crois que Nicolas ne me contredirait pas, le film que nous a inspiré cette histoire. TF1 n’a jamais cherché à nous faire faire autre chose. Bien sûr, j’espère le succès parce que ça signifiera qu’on a touché les gens, mais aussi pour encourager la prise de risque de la chaîne. C’est un pari de mettre à l’antenne l’histoire d’une mère qui apprend qu’elle va mourir à la 5e minute. Si ça marche, j’espère que ça ouvrira d’autres portes, dans tous les genres.

[N.D.L.R. : Le film a rencontré le succès avec 6.771.000 téléspectateurs et 27,6 % part d’audience.]

 
Pourquoi as-tu voulu coproduire ce film et quel bilan fais-tu de cette aventure ?
Claire Lemaréchal

Un bilan très positif. Les circonstances m’ont permis de proposer à Capa un scénario déjà accepté par la chaîne. Ça m’a donné une légitimité pour défendre mon point de vue tout au long de la fabrication du film, du casting au mixage. Ça ne s’est jamais fait dans le conflit, parce que je me suis très bien entendue avec Arnaud Figaret, avec les comédiens, avec l’équipe technique, et surtout avec le réalisateur Nicolas Cuche. Je pense qu’il redoutait un peu d’avoir « la scénariste dans les pattes », mais qu’il tire lui aussi un bilan positif de notre collaboration. Il a été très respectueux du texte, et moi à l’écoute de ses questions et remarques. J’ai été très présente sur le tournage, et c’est en tant que productrice que j’étais légitime. Pourtant j’ai l’impression d’avoir simplement fait mon travail d’auteur jusqu’au bout. J’ai adoré ça. D’abord parce que j’ai trouvé passionnant d’apprendre comment chaque choix, jusqu’au plus petit détail technique, du point aux accessoires, donne du sens au film. Et je suis convaincue que le film a bénéficié du dialogue constant que j’ai pu avoir avec Nicolas, les comédiens et l’équipe. On a fait beaucoup d’ajustements, en préparation et sur le plateau. C’était un tournage très vivant… comme le combat de Marie-Laure. C’était aussi très enrichissant de participer aux discussions budgétaires. Ça a éclairé les arbitrages artistiques qu’on a dû faire avec Nicolas.

 
image du film "Après moi le bonheur"
Triangle sous photo blanc
Tu as monté ta boîte de production pour l’occasion ?
Claire Lemaréchal

Oui ! J’aurais pu avoir le titre de productrice et des parts de la production sans monter de structure, mais je pense que le fait d’avoir une société de production, avec un nom (Azad Films) affiché partout, des feuilles de service au générique, est symboliquement plus fort. En tant que scénariste, on peut être consulté, associé si tout le monde est bienveillant et y voit son intérêt ; en tant que coproducteur ou coproductrice la question ne se pose même pas : c’est un rôle légitime et évident. Je n’ai pas vocation à devenir productrice d’autres projets que les miens, ce n’est en tout cas pas mon objectif aujourd’hui. Mais j’aimerais renouveler cette expérience parce qu’elle permet d’être légitimement associé à toutes les étapes de fabrication d’un film ou d’une série, d’en assurer la cohérence à travers tous les choix artistiques et mêmes financiers - car c’est lié.

 
Tu es aussi coproductrice de Sam, l’adaptation de la série danoise Rita, qu’on verra bientôt sur TF1 ?
Claire Lemaréchal

Sur Sam, dont j’ai dirigé l’adaptation, je devais aussi avoir un rôle de production artistique. C’était un désir partagé avec les productrices Aline Besson et Isabelle Drong. J’ai participé aux premières étapes de la préparation, j’ai choisi la réalisatrice Valérie Guignabodet avec elles, et on a fait le casting ensemble. Mais la collaboration s’est avérée difficile avec Valérie sur la finalisation de l’écriture, et j’ai fini par quitter le projet car je n’étais plus en mesure de défendre mon point de vue et mes choix. Sa disparition tragique ne nous a pas laissé le temps d’apaiser ce conflit, ce que je regretterai toujours. Je salue sa mémoire.

 
Tu es aussi coproductrice de Sam, l’adaptation de la série danoise Rita, qu’on verra bientôt sur TF1 ?
Claire Lemaréchal

J’écris avec Jean-François Halin et Jean-André Yerlès la saison 2 de Au service de la France, 12x26’ pour Arte. Une autre aventure heureuse, dans un genre très différent. Et on réfléchit à un nouveau projet avec Nicolas Cuche.

 

la Guilde française des scénaristes
259 rue Saint-Martin - 75003 Paris
+33 (0)9 53 65 92 59 - contact@guildedesscenaristes.org

Contact RP:
Marie Barraco/Kandimari
+33 (0)6 63 58 88 90 - marie@kandimari.com



Si vous ne souhaitez plus recevoir les interviews de la Guilde, merci de suivre ce lien.
espaceur