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La Guilde des Scénaristes :Profession Scénariste #3 Déborah Saïag et Mika Tard
Affiche "Encore heureux"  

Sorti en salles fin janvier et parti pour être un joli succès, le film Encore heureux, écrit par Mika Tard et Déborah Saïag, met en scène une famille middle class qui se retrouve dans la précarité suite à un licenciement, et qui glisse peu à peu dans l'illégalité pour s'en sortir... Mika Tard et Déborah Saïag reviennent sur la genèse du projet.

triangle orange
Comment êtes-vous devenues scénaristes ?
Déborah Saïag

Nous venons du théâtre. Mika est d'ailleurs entrée au Conservatoire national d’Art dramatique avec un texte que nous avions écrit pour son épreuve de parcours libre. Une courte scène de tragi-comédie chantée complètement délirante.

 
Mika Tard

Nous faisions à l’époque beaucoup de courts-métrages avec un groupe d’amis,  « Les Quiches ». Lors d’un festival, nous avons rencontré Louis Becker qui nous a proposé de produire notre premier long-métrage : Foon. Une comédie musicale parodique, sortie au cinéma en 2005.

 
Déborah Saïag

Dans la foulée, Canal+ nous a commandé une série, Enterrement de vie de jeune fille. Ces premières expériences d’écriture et de réalisation ont été une formidable école.

 
Comment avez-vous appris à écrire ?
Mika Tard

Au départ, nous avons beaucoup fonctionné à l’instinct. Déborah a un goût assumé pour le débat moral et moi j’aime les personnages originaux et décalés. Ces différences nous rendent complémentaires.

 
Déborah Saïag

Nous avons suivi quelques masterclasses, dont celles de Robert McKee et John Truby. C'était génial d'entendre leurs théories sur la structure et la psychologie des personnages. Mais je pense qu’on apprend à écrire principalement en pratiquant. On se lance, on se trompe, on recommence, c’est un travail de longue haleine. Et à force, on arrive à procéder avec plus de méthode et d’efficacité. Mika et moi passons désormais un vrai temps sur nos prémisses avant de commencer à écrire.

 
image du film "Encore Heureux"  
 
Triangle gris sous photo
Quelles sont vos références en matière de comédie ?
Déborah Saïag

Notre cœur nous a toujours portées vers les comédies sociales italiennes, des films qui osent parler de ce qui dérange politiquement et socialement, avec un goût affirmé pour  les situations cocasses et l’humour grinçant, comme L’Argent de la vieille (écrit par Rodolfo Sonego et réalisé par Luigi Comencini), Affreux, sales et méchants (écrit par Ruggero Maccari, Ettore Scola et Sergio Citti) ou, plus récemment, Le Déjeuner du 15 août, écrit par Gianni Di Gregorio et Simone Riccardini.

 
Mika Tard

On s'est aussi inspirées du film À bout de course, écrit par Naomi Foner et réalisé par Sidney Lumet. Ce n'est pas une comédie, mais il y a le même amour d’une famille.

 
Déborah Saïag

Avec Encore heureux, nous avons choisi de traiter de la précarité récente d’une famille, ça nous semblait d'actualité tout en étant porteur d’un réel potentiel comique, dans la lignée de ce cinéma.

 
tirangle gauche titre film Encore Heureux tirangle droit titre film
Comment vous est venue l’idée du film ?
Déborah Saïag

En 2009, la crise nous préoccupait : autour de nous, plusieurs amis qui avaient fait des études se retrouvaient au chômage. Certains étaient même obligés de retourner chez leurs parents. Nous avons voulu nous interroger sur les conséquences d'un chômage de longue durée dans une famille habituée, jusqu’ici, à un certain confort.

 
Mika Tard

Quelques années auparavant, nous vivions avec plusieurs amis dans de petits studios, sous les toits d’un immeuble bourgeois. Quand notre voisine du dessous est décédée, son appartement est resté inoccupé pendant plusieurs mois. Nous rêvions d’installer une petite trappe pour accéder à ce grand appartement.

 
Déborah Saïag

On s'est aussi inspirées de nos années de cours de théâtre, pendant lesquelles nous avions, comme beaucoup d’étudiants, quelques difficultés financières... On imaginait des stratagèmes plus ou moins tordus pour piquer dans les supermarchés.

 
Mika Tard

À l’époque, c’est l’arrivée d’EBay qui m’a vraiment aidée. Je récupérais tout ce que je pouvais, et je le retapais pour le revendre aux enchères sur Internet. La galère rend créatif et nous avons eue plaisir à remettre dans ce scénario tout ce par quoi on est passé. Nous avons eue envie d’en rire.

 
Combien de temps avez-vous travaillé sur le scénario ?
Déborah Saïag

Notre premier traitement, qui date de 2009, a tout de suite plu à Fabio Conversi (Babe Films), avec qui nous avons ensuite développé le scénario. Sa culture du cinéma italien correspondait parfaitement à nos intentions. Agathe Hubert, sa directrice littéraire de l'époque, a été une très bonne accompagnatrice. Nous avons terminé une version définitive avec Fabio en 2011, mais, lors de la mise en production, nous avons eu un désaccord sur le casting, ce qui nous a contraintes à partir chez Edi Films.

 
Mika Tard

Nous avons par la suite essentiellement retravaillé sur les dialogues et quelques rouages. Au final, nous avons donc travaillé presque cinq ans sur ce projet.

 
image du film "Encore Heureux"
Triangle sous photo blanc
Quelles ont été vos principales difficultés scénaristiques lors de l’écriture du projet ?
Mika Tard

Dans le scénario, il y a un passage de relais : les membres de la famille mènent l’action à tour de rôle. Nous avions l’ambition que chaque personnage soit tour à tour le moteur de l’action, ce qui dans la construction, relevait d'un véritable Rubik’s Cube. Et puis nous avons eu un malin plaisir à pousser cette famille dans des situations de plus en plus rocambolesques, mais il fallait les faire retomber sur leurs pattes de manière satisfaisante. Nous avons mis au moins un an à y parvenir, grâce au personnage de la grand-mère. 

 
Déborah Saïag

Une autre difficulté portait sur l'empathie du spectateur car il n'est pas évident de s'attacher aux personnages d'une fable immorale. « L’honnêteté, c’est un concept inventé par les riches pour que les pauvres ferment leur gueule ». Cette réplique que nous avons mise dans la bouche de la grand-mère, interprétée par Bulle Ogier, synthétise pour nous la spirale dans laquelle nos personnages sont pris. Le sentiment d’injustice, lorsqu’il met en jeu la survie matérielle et psychologique, conduit à relativiser les notions du bien et du mal. Nous voulions que l'on ressente que l’immoralité de nos personnages était le fruit d’une certaine mécanique de notre monde capitaliste, et qu’à la fin on se surprenne à être avec eux. Nous avons travaillé dans cette direction jusqu'à la fin.

 
Vous deviez réaliser le film, vous ne l’avez pas fait finalement. Pourquoi ?
Déborah Saïag

Au départ, nous envisagions ce film comme une comédie d’auteur à petit budget. Mais lorsqu’Europacorp a voulu le coproduire, cela changeait complètement la donne. Le budget devenait beaucoup plus lourd.

 
Mika Tard

Du coup, Europa a souhaité quelqu'un de plus connu pour le réaliser. Nous avons rencontré plusieurs réalisateurs et c'est  finalement le mari de la productrice, Benoît Graffin,  qui adorait notre scénario, qui a été choisi.

 
Comment s’est déroulée la collaboration avec Benoît Graffin et Nicolas Bedos ?
Déborah Saïag

À partir du moment où le réalisateur a été choisi, nous avons eu quelques séances de travail avec lui, puis nous avons fait un ping-pong sur les versions suivantes. Benoît Graffin a essentiellement retravaillé le personnage de l'amant et remanié certains dialogues.

 
Mika Tard

Le travail de Nicolas Bedos sur une partie des dialogues nous a été envoyé par le réalisateur, et nous avons choisi avec lui ce que nous trouvions judicieux de garder. Certaines de ses répliques ont apporté un vrai plus à l'humour piquant du film.

 
Sur la promo du film, il y a quelque chose d'étrange étant donnée la genèse du projet. Quand on lit les interviews du réalisateur, on a vraiment l’impression que l’histoire s'inspire de sa propre expérience…
Déborah Saïag

En France, il y a une espèce de complexe chez certains metteurs en scène qui n’ont pas écrit le scénario original de leur film. J’ai le sentiment que ça vient de notre héritage français de films d’auteur-réalisateurs. C’est dommage.

 
Mika Tard

C'est un peu comme si un chef d'orchestre prétendait avoir écrit la partition...

 
Êtes-vous contentes du film ?
Mika Tard

Moi, je suis très heureuse que le film existe enfin après toutes ces péripéties.

 
Déborah Saïag

On imaginait dans la forme une comédie sociale plus noire. Les producteurs et le réalisateur se sont dirigés vers une comédie plus familiale et grand public, et je trouve que ça fonctionne également. L'important pour nous, c'était qu'on aime nos personnages malgré le caractère amoral de notre histoire.

 
Vous avez de nouveaux projets ?  Pouvez-vous nous en parler ?
Déborah Saïag

Nous travaillons avec l'humoriste OcéaneRoseMarie sur la bible d'une série queer pour la télévision. C'est un projet  très excitant.

 
Mika Tard

Et sinon, côté cinéma, nous écrivons une nouvelle comédie sociale dans la veine d'Encore heureux, avec des personnages plus punk mais tout aussi attachants.

 

la Guilde française des scénaristes
259 rue Saint-Martin - 75003 Paris
+33 (0)9 53 65 92 59 - contact@guildedesscenaristes.org

Contact RP:
Marie Barraco/Kandimari
+33 (0)6 63 58 88 90 - marie@kandimari.com



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